Un Pays nommé désir

Article publié le 6 novembre 2015.

Le regard du moi(s)On aurait dû s’en douter. Voilà un certain temps déjà, qu’une grande fresque représentant les îles Glénan orne, près de la corniche, la façade du Pôle nautique de Concarneau. N’est-ce pas là la marque évidente de la volonté d’appropriation d’un territoire que Fouesnant, bien entendu, n’entend pas abandonner ? Depuis qu’en 1926, une bande d’artistes concarnois en goguette proclama l’État libre des Glénan et que, dix ans plus tard, une équipe de joyeux notables prit l’habitude de faire bamboche dans la « cabane Le Floc’h » rebaptisée « Chez nous » sur l’île Penfret, l’archipel n’a cessé de susciter toutes les convoitises du côté de La Ville close. Il est vrai qu’après-guerre, les premiers stagiaires du Centre de voile des Glénans se tournèrent ostensiblement vers le port et les commerces concarnois. Pas question, pour autant, pour les Fouesnantais d’abandonner leur joyau touristique. Tous les habitants font corps. Tous sauf un : Vincent Esnault. L’élu écologiste a fait sensation en déclarant dans la presse qu’il préférait les Antilles françaises aux Caraïbes bretonnes qu’il avoue n’avoir fréquentées qu’une fois. Du coup, vu le climat délétère qui s’installe, conseil après conseil, à la Mairie, on peut aisément se figurer que Roger Le Goff, dans ses rêves les plus fous, imagine le Vert fouesnantais demandant sa mutation pour la Guadeloupe afin de s’occuper du problème des algues sargasses qui gâchent le plaisir des vacanciers métropolitains. Bref. On en était là, à cette paix suspicieuse entre voisins, lorsqu’à Brest, André Fidelin, le maire de Concarneau, a indiqué, tout de go, qu’il voulait annexer les Glénan. Cette déclaration a évidemment fait l’effet d’une bombe et a créé le buzz sur les réseaux sociaux. (De mon temps, on aurait dit que cela avait fait jazzer). C’était à l’occasion d’une réunion des présidents finistériens de Communautés de communes qui planchaient sur les périmètres agrandis des communes nouvelles. Roger Le Goff a calmé le jeu en indiquant qu’il ne s’agissait là que d’une boutade. N’empêche. Certains s’interrogent. Si l’humour est la politesse du désespoir, la plaisanterie ne serait-elle pas l’expression détournée de désirs inavoués ?

 

Voilà longtemps également que Quimper fait les yeux doux au Pays Fouesnantais. Lors du dernier conseil communautaire quimpérois, les élus qui évoquaient la fusion entre Quimper-Communauté et le Pays Glazick (qui, suivant les nouveaux dispositifs, n’a plus assez d’habitants pour former une communauté) sont revenus à la charge. Le maire quimpérois, Ludovic Jolivet, a résumé la pensée du groupe : « Pourquoi le Pays Fouesnantais ne nous rejoint-il pas ? Nous avons un même bassin de vie autour de l’Odet ». Roger Le Goff, on le sait, ne veut pas entendre les appels énamourés de ses prétendants. Et de mettre en avant le travail en commun réalisé depuis plus de 40 ans, l’absence de clivage politique, les aménagements et les équipements d’un territoire à dimension humaine, la volonté du citoyen de rester proche de ses élus, le risque d’éparpillement voire d’éclatement de la Communauté si elle se décidait à rejoindre ses voisins. C’est clair : le Pays Fouesnantais ne deviendra pas Quimper-Sud. « Pourtant avec sa façade maritime, il donnerait du sens à notre territoire »  rétorque le Vert quimpérois, Daniel Le Bigot. Faux-débat, estime Roger Le Goff : si on veut parler de territoire, c’est toute la Cornouaille qui est concernée. Le président de la Communauté de communes du Pays Fouesnantais n’oublie pas qu’il est aussi président de la commission du tourisme de Quimper Cornouaille Développement. La façade maritime ? « Mais Concarneau en fait partie » rétorque le maire de Fouesnant plus Cornouaillais que jamais. Tiens, revoilà Concarneau. Le coup de pied de l’âne ? Une indiscrétion m’a permis d’apprendre que Roger Le Goff s’était rendu récemment sur Fort-Cigogne en compagnie de l’architecte des Bâtiments de France, Pierre Alexandre, dont on connaît l’intérêt pour les fortifications des Glénan. Construit en 1756, l’édifice avait été définitivement déclassé en 1889. Du coup, je suis habité d’un doute. Et si les deux hommes avaient envisagé le réarmement de Cigogne ? Il faudrait alors craindre le pire pour les intrépides Concarnois !

JYLD

telechargement-orangeTélécharger la version pdf du regard du moi(s) Un Pays nommé désir 07/11/2015 N°14

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