Temps de fêtes

Article publié le 24 mai 2014.

A la suite de ma chronique « Estimable jeunesse » du 10 mai où j’évoquais, notamment, le projet d’un défilé de mode mené depuis la rentrée, par un groupe d’ados, je me suis fait reprendre gentillement par le président d’une association avec lequel j’entretiens les meilleures relations pour avoir indiqué qu’ils échappaient ainsi à la promiscuité de la rue et la vacuité des écrans vidéo. Et de me faire remarquer qu’il existait à Fouesnant, bien des alternatives à l’oisiveté des jeunes en raison du grand nombre d’associations sportives et culturelles qui œuvraient, chaque semaine, pour offrir à la jeunesse des activités enrichissantes et épanouissantes. Bien sûr. Il s’agissait évidemment d’un malentendu et nous nous en sommes tranquillement entretenus tous les deux. Si je me suis félicité de cette démarche originale, c’est parce que justement ces « ados » ne se sentaient pas concernés par la vie associative fouesnantaise, aussi riche et diverse soit-elle, et trouvaient donc là une motivation nouvelle pour meubler leurs temps libres et se réaliser dans un projet. La richesse de la vie associative à Fouesnant ? Nous avons eu souvent l’occasion d’en parler dans nos rendez-vous. Et, comment ne pas l’évoquer encore à la suite du superbe succès de « La fête du pain » du week-end dernier ? On ne dira jamais assez combien les « Amis de Kerbader » représentent, à bien des égards, la quintessence de ce monde associatif, indispensable au dynamisme des communes, et le moindre de leur mérite n’est pas d’avoir donné une âme à ce qui constitue désormais, pour tous, le cœur historique de Fouesnant. Faut-il ajouter le travail accompli pour valoriser le patrimoine (la Chapelle), pour ressusciter les us et coutumes, pour rassembler les jeunes et nouvelles générations lors de multiples animations qui ont culminé avec cette fête autour du vieux four à laquelle s’était associée la Fédération départementale de la boulangerie ? L’éloquence des chiffres évitera d’autres digressions : quelque 10 000 visiteurs, 150 bénévoles dont 16 boulangers (avec les apprentis du CFA de Cuzon et de Saint-Joseph de Concarneau), 20 quintaux de farine, 200 kilos de beurre et, pour faire chauffer le vieux four, 400 fagots de bois constitués dès février. Saupoudrons tout cela d’une générosité de tous les instants, d’une convivialité assumée, d’une ouverture aux autres et vous trouverez là les clefs du succès et la raison d’être d’une association.

Les « Amis de Saint-Sébastien » n’ont certes pas la notoriété des « Amis de Kerbader » mais ils en ont la constance dans l’abnégation, le goût partagé pour faire vivre le patrimoine local et la volonté de créer une animation de quartier. Depuis 2001, ils se battaient pour que leur chapelle qui menaçait ruine retrouve une nouvelle vie. Douze ans plus tard, en juillet dernier, on célébrait la fin des travaux. A l’heure de récolter des fonds pour la rénovation du bâtiment, les « Amis de Kerbader » avaient tenu, avec quelques autres associations, à remettre un chèque aux responsables de Saint-Sébastien. Geste-symbole de la solidarité associative. Jeudi soir, comme tous les troisième jeudis du mois de mai, c’était le pardon de la Chapelle. Il s’est déroulé dans la confidentialité (pas d’annonce dans les journaux). C’est une ligne de l’agenda de la mairie qui m’a alerté. Je m’y suis rendu parce que c’était la première fois, depuis de nombreuses années, que le pardon était célébré à l’intérieur de la Chapelle. Nous étions là à une cinquantaine dans le modeste édifice aux murs chaulés que, seule, habitait la statue percée de flèches de Saint-Sébastien, humble modèle de sculpture populaire. Dans le clair-obscur que tentait de vaincre un petit projecteur, on a alors fait joyeusement tinter la cloche de la chapelle. C’en était trop demander, après ce long sommeil, à la vieille corde qui s’est affalée aux pieds du sacristain. Est-ce la raison qui a provoqué l’ire des cieux ? Le déluge qui s’est abattu alors a prouvé la pertinence de la réfection de la toiture et, sous l’effet des éléments déchaînés, l’agitation des arbres a habillé l’unique vitrail de leurs ombres fantasmagoriques. Quelque temps plus tard, les fidèles rejoignaient les habitants du quartier (Dieu reconnaîtra les siens) dans le penty attenant, pour ressusciter autour d’un verre de cidre et d’un morceau de gâteau breton l’atmosphère des pardons d’antan. Dans le regard des bénévoles, j’ai cru alors voir briller cette même fierté mâtinée d’humilité que j’avais distinguée, durant le week-end, dans les yeux des responsables de Kerbader.

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