Sueurs froides

Article publié le 17 mai 2014.

Tout avait commencé comme un jeu de (fausses) pistes, l’un des ingrédients incontournables du roman policier. Annoncée par les services de la mairie, à 20h30, par les journaux, à 19h, la soirée consacrée aux polars de l’été, qui, finalement, se déroulait à 19h30 à l’Archipel, semblait entretenir l’atmosphère inhérente au genre. Nous étions, tout de même, une trentaine, mardi dernier, au rendez-vous de Patrick Barbier (Espace culturel) et de Valérie Le Bras (Ravy) qui nous présentaient, avec une érudition éblouissante que l’on sentait totalement étrangère aux sites convenus de Google, les futurs succès noirs de l’été. De gros pavés dont, confortablement installés sur nos serviettes de plage, nous allons nous délecter en éprouvant de délicieux frissons accompagnés de sueurs froides bienvenues en ces temps annoncés de canicule (mais si, mais si, il faut y croire). En fait, je dois vous avouer qu’il y a un certain temps déjà que j’ai abandonné l’univers du roman policier et, si les noms mythiques de la « série noire » – James Hadley Chase, Raymond Chandler, Dashiell Hammett – et, plus tard, les flics du 47e district de New-York, d’Ed Mc Bain, réveillaient en moi quelques nostalgies, je n’attends plus, hâletant, la dernière production des maîtres du suspense contemporains. Une question de choix et de disponibilité. Aussi, parmi un public de connaisseurs qui acquiesçaient discrètement à la présentation de chaque nouvel opus d’écrivains dont le nom m’était totalement inconnu, ai-je été reconnaissant aux animateurs de cet « apéro-livre » (on pouvait picorer quelques morceaux de fromage, tout en dégustant un verre de vin) lorsque, à l’occasion, ils ont cité Boileau et Narcejac, Sébastien Japrisot et, bien sûr, Agatha Christie et Simenon. Je me sentais davantage en pays de connaissance. Alors, pourquoi étais-je là ? Pour saluer tout simplement les multiples initiatives de la Médiathèque qui ne cesse de se mobiliser contre la disparition programmée du livre, anéanti par le numérique. Frères en littérature, organisons-nous. Résistons ! Au fait, si vous voulez être tenus en haleine sous votre parasol, cet été, deux livres sont à lire, en priorité : « Rouge sur rouge » d’Edward Conlon (Actes Sud) et « Après la guerre » d’Hervé Le Corre (Rivages).

En fait, je ne vous ai pas dit la vérité en vous affirmant que je n’avais pas lu de roman policier depuis belle lurette. Je viens d’avaler en un jour et demi les 373 pages d’ « Un été à Pont-Aven » de Jean-Luc Bannalec, un pseudonyme qui cache un écrivain allemand, amoureux du Finistère-sud. Nous avons déjà eu l’occasion de parler, dans le passé, de ce roman qui a battu les records de vente en Allemagne. Il vient d’être traduit en français. Le commissaire Dupin mène l’enquête du côté de Concarneau et de Pont-Aven. Ce n’est pas du grand roman policier, encore moins de la grande littérature mais c’est un bon polar et l’auteur connaît admirablement bien la région. Comment peut-il en être autrement quand le personnage ne boit que du Lambig de Menez Brug (p 44). Une belle publicité pour Claude Goenvec de Beg-Meil. Vous le savez également : un deuxième ouvrage racontant les enquêtes du commissaire Dupin est paru en Allemagne. L’action se déroule, cette fois, aux Glénan. Le livre n’a pas encore été traduit en français. Cela ne saurait tarder vu le succès du premier tome (une vingtaine d’exemplaires vendus à l’Espace culturel, autant à la Maison de la presse de Fouesnant). Depuis un an, les journalistes et touristes allemands ne cessent d’affluer, livre en main, à l’Office municipal de tourisme. Tous veulent se rendre aux « Quatre vents » (La Boucane) sur l’île Saint-Nicolas, quartier général du commissaire Dupin. Actuellement, le téléfilm tiré du livre est en cours de tournage. Malgré certaines contraintes (difficultés logistiques liées à la présence d’une équipe de 40 personnes sur l’île, nécessaire protection d’un milieu naturel en période de nidification), quelques scènes seront tournées dans les paysages paradisiaques de l’archipel (Guiriden). Le téléfilm devrait être projeté, cet hiver, à la télévision allemande. Face aux hordes teutonnes annoncées dès ce printemps, Jean-Yves Lefloch, le directeur de l’Office de tourisme, en éprouve déjà des sueurs froides.

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