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So British (1)

Article publié le 3 novembre 2012.

En cette période de Toussaint, les activités et les animations se sont, quelque peu, mises entre parenthèses, à Fouesnant comme ailleurs. Tout juste m’a-t-on indiqué que, durant les vacances scolaires, les jeunes avaient rendez-vous avec « Kerambigorn Indoor » à la halle des sports de Bréhoulou. « Kerambigorn Indoor » ? Il s’agit, me suis-je dit, d’une déclinaison de « Kerambigorn Beach » qui a mobilisé les « ados », cet été, sur la plage de Beg-Meil pour y disputer de mémorables parties de « beach volley », de « beach soccer », de « sand ball ». Vous comprenez ? Moi, non plus. Ayant feuilleté une revue féminine, je me doutais bien qu’il faudrait bientôt une licence d’anglais à la « fashion victim » (accro à la mode), allant faire son « shopping » pour remplir son « oversized bag » (sac extra- large) mais j’ignorais que l’anglicisation rampante de la langue française se manifestait avec une telle vigueur à Fouesnant. Donc, « Kerambigorn Indoor » (Kerambigorn en salle). Là, ils ont fait fort les responsables des jeunes en réussissant à rapatrier la plage en centre-ville. La trouvaille sémantique est superbe. Voilà l’atmosphère festive de l’été réinstallée aux portes de l’hiver. A ma connaissance, il s’agit là du seul oxymore anglo-breton de la langue française, qui plus est, doublé d’une métonymie, puisque le lieu (Kerambigorn) se substitue aux activités ludiques pratiquées (volley, basket, foot-mots éminemment français). On aurait pu dire tout simplement que des activités sportives en salle étaient prévues pour les vacances de la Toussaint mais cela n’aurait pas eu ce côté « trendy », pardon, branché, qu’apporte la langue de Shakespeare que les jeunes affectionnent surtout en dehors des cours scolaires. J’en ai eu la confirmation en me rendant aux Balnéides.

Quand vous franchissez le seuil du Centre Aquatique de Fouesnant-les Glénan, vous êtes tout de suite dans le bain, si j’ose dire. Vous vous sentez « so zen », « so relax » (très détendu). Les activités sont « so dynamic », l’ambiance « so magic », les soirées « so fun » (très amusantes) et les horaires « so easy » (très pratiques). Ce n’est pas moi qui l’affirme. C’est marqué dans le dépliant destiné aux clients de langue française. D’ailleurs, ces clients, jeunes ou moins jeunes, ont le choix entre l’ « aquatonic », qui vous remodèle la silhouette en moins de temps que ne met Florent Manaudou pour gagner un 50 mètres nage libre aux Jeux Olympiques, l’ « aquastretching » qui, à coups d’étirements et d’assouplissements, vous soulage le dos et les articulations ou l’ « aquabike » qui vous permet d’éliminer toutes les toxines accumulées durant les longues soirées estivales en deux tours de pédalier subaquatique. Pour choisir, il suffisait, m’a-t-on dit, de consulter le « flyer ». J’ai fini par comprendre qu’il s’agissait du prospectus que l’on me tendait. Mais c’est lorsque j’ai voulu connaître la programmation du club « fitness » (activités visant à améliorer sa condition physique) que j’ai définitivement plongé dans un abîme de perplexité. Figurez-vous qu’on m’invitait à participer successivement au cours de « body pump » en utilisant le « step » (apparemment une marche en plastique). Lui succédait le « body balance » qui, comme tout le monde le sait, est un mélange de yoga, de Tai Chi et de Pilates. Et l’on finissait en beauté avec le « sh’bam » (cela se prononce comme cela s’écrit ) qui donne l’occasion de faire du sport sans se rendre compte que l’on fait du sport. Celle-là, même Coluche n’y avait pas pensé. Lâchement, j’ai détourné les yeux du « flyer », re-pardon, du prospectus et j’ai essayé de me concentrer sur l’affiche qui annonçait une soirée « aqualive » avec le groupe pop-rock des Dreamers en « live » (en direct). En clair, il y aura des oscillations de bassin dans la piscine, le 10 novembre prochain. Un tantinet sonné, je me suis dirigé vers la Médiathèque, temple fouesnantais de la littérature, afin de savoir si l’on y cultivait aussi l’anglicisme pour séduire les jeunes lecteurs. Le regard navré et la mine affligée d’Anne-Marie, la responsable, m’ont signifié l’incongruité de ma question. Et là, allez savoir pourquoi, je me suis soudain senti un peu moins seul.

(1) Traduction approximative : typiquement britannique.

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