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Plus belle la vi(ll)e

Article publié le 4 décembre 2015.

Le regard du moi(s)C’était avant les funestes événements de Paris. Juste avant. Je déambulais au milieu de l’agitation cosmopolite de l’une des plus belles places d’Europe : « la piazza del Duomo ». Le « Duomo », c’est l’extraordinaire cathédrale de marbre blanc de Milan, l’une des plus vastes de la chrétienté. Encore sonné par le trop plein d’émotions que m’avait procuré, la veille, le concert de l’orchestre philharmonique de la Scala, l’une des salles les plus prestigieuses du monde, je me disais en contemplant les 135 flèches qui semblaient s’enfoncer dans le bleu profond du superbe automne lombard que Milan était décidément la ville de tous les superlatifs. Bref. J’en étais là de mes méditations quand soudain, des employés municipaux se mirent à dérouler sur le pavage de la place une immense toile de plusieurs centaines de m2, à la démesure de l’endroit. Ils la fixèrent aux quatre coins par de nombreux pots de peinture où trempaient de multiples pinceaux. Alors, les badauds, les habitants, les amants de Milan (ce sont les mêmes) s’emparèrent du cœur de leur ville et inscrivirent, en jaune, rouge, bleu, vert, leurs rêves au bout de leurs doigts, inventant d’imposantes perspectives colorées qu’ils s’empressèrent ensuite de piétiner, le visage éclaboussé de soleil et de bonheur. Des instants d’une beauté fulgurante. Tout d’un coup, la vie parut plus légère, la ville sembla plus belle ( si tant est qu’elle pouvait l’être) simplement parce que des milliers de personnes se l’étaient appropriée. C’est quelques jours plus tard que j’appris par la presse que les terroristes avaient envisagé de prendre comme cible le « Duomo » et la « Scala » de Milan pour commettre leurs attentats avant de frapper le « Bataclan » et le stade de France. Finalement, c’est sa fragilité qui rend la vie plus belle.

 

Jeudi soir, 18h, place du Général de Gaulle à Fouesnant. Dans la lueur indécise d’un crépuscule humide, la façade de la mairie se colore, peu à peu, en bleu, blanc, rouge. L’architecture ne s’y prête guère mais l’intention est là et le clin d’œil est clair. En ces mois noirs (miz du, miz kerzu, en breton ), il ne faut pas ajouter de la morosité à la sinistrose mais mettre de la gaieté au cœur des Fouesnantais tout en se souvenant qu’aujourd’hui l’insouciance n’est plus d’évidence. Même si les temps sont aux économies (20 000 € pour cette fin d’année), les rues porteront encore leurs habits de fête, les vitrines feront de l’œil aux badauds et la musique fera tanguer les promeneurs. Certes, la topographie fouesnantaise avec ses nombreux pôles urbains ne favorise pas toujours la convivialité. (Le marché de Noël avec ses quelques échoppes égarées dans les courants d’air du centre-ville, l’an dernier, n’avait guère été une réussite). Pourtant, la municipalité et les commerçants ont décidé de se donner la main pour que, l’espace d’une quinzaine, ici aussi, la vie semble plus légère. Invités par l’Archipel, les conteurs ressusciteront les soirées d’autrefois. Cela sentira bon les galettes aux pommes et le vin chaud aux effluves de cannelle. Et puis, qui sait ?, la neige pourrait décider d’arrêter de se mettre aux abonnés absents. Un beau matin, on découvrira peut-être un grand tapis blanc. Et les arabesques qu’y dessineront les (grands) enfants que nous sommes tous un peu seront aussi belles que les peintures de la place du « Duomo » de Milan. On ne pensera plus aux loups. D’ailleurs, on le sait depuis Reggiani. Les loups ne devraient jamais avoir le droit d’entrer dans les villes.

JYLD

 

telechargement-orangeTélécharger la version pdf du regard du moi(s) Plus belle la vi(ll)e 05/12/2015 N°15