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La tentation de Spinosi

Article publié le 5 mars 2016.

Le regard du moi(s)Il y a un mois, il s’est passé quelque chose d’inouï, au sens premier « in-ouï », « jamais entendu », dans une salle de concert. Personne n’en a parlé mais ceux qui, comme moi, se trouvaient dans un Archipel archicomble pour assister à la prestation de l’Ensemble Matheus et de son illustre Chef, Jean-Christophe Spinosi, pourraient l’attester. Après avoir dirigé avec la maestria qu’on lui connaît des œuvres de Beethoven et de Brahms et terminé sur une pièce de Haydn, le chef d’orchestre ovationné est revenu sur scène avec… son téléphone portable. Et alors Spinosi, le grand Spinosi, que l’on a vu à la tête des orchestres de Paris, Oslo, Vienne, Berlin et qui s’apprête à mettre le feu à l’Olympia, lors de la folle nuit du 21 avril, s’est livré à un exercice improbable, surtout en ces lieux. Il a lu au public le courriel que lui avait envoyé une dame qui, manifestement, n’appréciait pas ses prestations (ce qu’il acceptait volontiers) mais l’accusait aussi de maltraiter les membres de son orchestre, contrairement à l’image qu’il voulait donner, et d’avoir exclu son premier violon… qui n’était autre que sa femme hospitalisée pour subir une importante opération. Artiste à la sensibilité exacerbée, Spinosi n’a pas compris que l’on s’acharnât ainsi sur lui et, comme un enfant qui n’accepte pas le mal qu’on lui fait alors qu’il ne l’a pas mérité, il s’est laissé débordé par l’émotion. Il a donné et répété l’identité de cette dame, son adresse mail, le numéro de la maison et le nom de la rue où elle habite à Brest et puis, le célèbre chef d’orchestre a invité les spectateurs à envoyer des messages à cette personne pour lui dire tout le mal qu’ils pensaient d’elle. Sidérant.

Mardi soir. Cela fait près de quatre heures que les élus se renvoient les chiffres du compte administratif et des orientations budgétaires de la commune. Comme d’habitude, l’ambiance est malsaine. On se guette, on se filme, on prend des photos dans le public. La paranoïa atteint les sommets du grotesque. Comme le veut la tradition également, le maire, Roger Le Goff, répond aux questions écrites que lui a posées Vincent Esnault. Une nouvelle fois, le leader des Verts s’en prend à moi et me donne en pâture publique. Vincent Esnault n’aime pas ce que j’écris parce que je n’écris pas ce qu’il aimerait que j’écrive. C’est son droit, c’est le mien. Prince de l’équivoque, il donne sa pleine mesure. Il s’interroge sur mes activités à la Mairie alors qu’il lit tout ce que j’écris. Plus fielleux, il laisse insidieusement entendre que je prends la place d’un jeune, bien qu’il sache pertinemment que c’est faux. J’ai accepté l’invitation à occuper une fonction qui n’existait pas avant que je l’assume et qui disparaîtra après mon départ. Trois fois, quatre fois, il rappelle mon âge pour justifier sa demande de ma mise sur la touche. Autoproclamé pourfendeur de toutes les discriminations, Vincent Esnault n’évite pas le piège du sectarisme le plus primaire qui concerne l’âge d’un individu. Avec cette vision réductrice de la nature humaine, Bernard Pivot, Pierre Perret, Karl Lagerfeld, Hubert Reeves, Jean Rochefort, Robert Badinter, Michel Bouquet, Jean Daniel (créateur et éditorialiste à 96 ans du Nouvel Obs), tous brillants et vaillants octogénaires ou nonagénaires seraient réduits au silence. Il va de soi que je ne me place, ni par l’âge ni par le talent, dans cette prestigieuse lignée. Bien plus, le chef local des « écolos » qui était encore dans ses langes doit récuser aujourd’hui la candidature de René Dumont aux élections présidentielles de 1974. Rendez-vous compte : le père spirituel des Verts, le fondateur de l’écologie politique, avait 70 ans quand il a osé demander les suffrages des Français. Une honte ! Alors ? Alors, un peu après minuit, à la fin du Conseil, après une telle avalanche de mauvaise foi, après de nouvelles attaques Ad hominem réitérées sur ma situation de retraité, j’ai cru comprendre ce qu’avait ressenti Jean-Christophe Spinosi lorsqu’il s’est laissé aller à son geste quelque peu inconsidéré. J’ai admis qu’on puisse aussi éprouver la tentation de l’imiter. Rassurez-vous, je ne vais pas vous fournir les coordonnées de Vincent Esnault. Je m’en soucie comme d’une guigne et je ne suis ni artiste ni écorché vif. Mais je n’ai pu m’empêcher de penser que certains, de plus en plus nombreux, de plus en plus lassés par les agressions tous azimuts de l’écologiste local pourraient en éprouver quelque humeur à l’heure des échéances électorales. Dans le secret de l’isoloir, ce serait leur façon à eux d’utiliser leur téléphone portable.

JYLD

telechargement-orangeTélécharger la version pdf du regard du moi(s) La tentation de Spinosi 05/03/2016 N°18

 

 

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