Estimable jeunesse

Article publié le 9 mai 2014.

Que fait-on à Fouesnant pendant les vacances quand on est « ado » ? Comme ailleurs. La plupart se cherchent. Au propre comme au figuré. Certains essaient pourtant de se prendre en main. « L’adolescence est l’âge où les enfants commencent à répondre eux-mêmes aux questions qu’ils se posent » nous dit Georges-Bernard Shaw. Alors, un rendez-vous dans la confidentialité d’une ancienne salle de classe, mardi matin, au Quinquis, à Beg-Meil. Elles sont là les neuf adolescentes, Gwénola, Cécile, Laurène, Juliette, Lucile, Morgane, Laïla (2), Marine et Agathe qui, au mois d’octobre, se sont lancées dans un défi insensé pour échapper à leur ennui existentiel : créer un défilé de mode en totale méconnaissance du sujet. Au Quinquis, quelques mois plus tard, les « petites mains » entretiennent une atmosphère de ruche laborieuse. Penchées sur leurs machines à coudre, elles ne quittent pas des yeux leur ouvrage tandis que quelques couturières leur prodiguent conseils et encouragements. Hier encore, elles ignoraient tout de la jeannette, de la pattemouille, des ciseaux crantés, des perroquets ou du découd-vite. Aujourd’hui, elles manient le mètre ruban avec une dextérité que leur envierait presque Nathalie, la « première main » de Pascal Jaouen qui a accepté de les guider dans leur aventure. Bien sûr, il y a eu des moments de flottement, des tentations d’abandon. Il ne suffit pas d’avoir esquissé un modèle sur son cahier d’écolière ou d’avoir fantasmé sur le monde à paillettes des « fashionistas » pour jouer au styliste et défiler en majesté. Il a fallu revoir les plannings, équilibrer les budgets, récupérer du tulle et de la soie, du coton et de la fourrure, organiser des « castings » pour convaincre des « mannequins-amies » de porter robes et combinaisons, jupes et maillots. Aujourd’hui, de nombreuses créations sont terminées et Laurène a des faux-airs de Kate Moss dans sa robe à fuseau. Tout le monde attend désormais le défilé du 5 juillet à l’Archipel pour achever en apothéose un improbable parcours. « Crois-tu qu’en te cherchant tu te trouveras ? » questionnait Musset dans la « Nuit d’Août ». L’auteur de « A quoi rêvent les jeunes filles ? » aurait eu sa réponse du côté de Fouesnant.

Le lendemain, mercredi après-midi, à l’Archipel. Ils sont sept « ado » (5 filles et 2 garçons) qui, justement, s’interrogent. « L’amour rend-il forcément heureux ? » Dans le petit groupe qui s’est installé, à même le tapis, autour de Stéphane, professeur de philo, et de Virginie, médiatrice du livre, on doute, on hésite. « Les pourquoi des ados » en sont à leur septième et dernière séance. Devant le silence qui s’installe, les adultes se veulent rassurants : philosopher, c’est non seulement avoir le droit mais aussi le devoir de douter. Et si, d’abord, on allait dans l’ordre. Pour vous, c’est quoi le bonheur ? Peu à peu, les langues se délient, les échanges s’esquissent, les réticences s’expriment. On s’écoute, on accepte que l’autre n’ait pas la même opinion. Dans un monde d’exclusion et de repli sur soi, c’est plutôt rassérénant de voir des jeunes quitter la rue et les jeux vidéo pour se remettre, eux aussi, en question, et accepter le défi de la réflexion. Et le bonheur dans tout cela ? « On le reconnaît au bruit qu’il fait quand il s’en va » disait Jacques Prévert. Histoire de nous indiquer que l’on n’a pas toujours conscience de sa présence. Désormais, les « ado » se penchent sur le sentiment amoureux. Pas facile, là non plus, d’entrer dans le territoire de l’intime. Et pourtant, la discussion s’installe. Les interventions sont pertinentes, surprenantes de maturité. On évoque l’altérité, le sacrifice, l’ingratitude, la jalousie. A la fin du débat, tout le monde se retrouve autour d’un jus de fruit et de friandises. On discute encore de la liberté, du respect de l’autre. Peu à peu, des personnalités se construisent. « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans » écrivait Rimbaud. A Fouesnant, Tout le monde ne serait pas forcément d’accord.

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