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En toute vérité

Article publié le 12 février 2016.

Le regard du moi(s)Ne pas accompagner l’emballement médiatique. Ne pas entrer dans le jeu douteux de la polémique. Laisser passer l’heure des passions et attendre le temps de l’apaisement. Voilà désormais plus d’un mois que les migrants sont au Centre de vacances de Renouveau à Beg-Meil ; essayant d’oublier l’enfer de Calais d’où on les a arrachés, tentant de retrouver la sérénité et de s’imaginer un destin dont ils ne sont plus maîtres. Après l’émotion de l’instant, il faut aujourd’hui faire taire les rumeurs et les suspicions et rétablir les vérités. La mairie, responsable de la venue d’une trentaine de migrants kurdes à Fouesnant ? C’est faux. Roger Le Goff n’a appris, comme toutes les structures chargées de l’accueil, l’arrivée du groupe que le lundi 4 janvier. Les migrants sont arrivés dans la nuit du mardi au mercredi. Cela n’a pas empêché le Maire de recevoir une quarantaine de courriels ignobles, menaçants et insultants. Ils ne venaient pas tous, heureusement, loin de là, de Fouesnantais. Les migrants sont à la charge des contribuables fouesnantais ? Faux. La seule contribution de la commune a été de  permettre aux sept enfants kurdes d’emprunter la navette pour être scolarisés à l’école de Mousterlin. Le repas halal des enfants payé par la commune ? Faux. Les enfants ont mangé comme leurs petits camarades et le coût du repas est facturé à la Fondation Massé Trévidy qui accomplit un travail admirable depuis l’arrivée des migrants. Une somme de 25 € accordée, chaque jour, à chaque personne hébergée au Renouveau ? C’est encore faux. Cette somme correspond à ce que l’Etat verse pour l’hébergement, l’accompagnement social et l’alimentation de chaque migrant qui doit lui-même préparer son repas. Les Kurdes qui ont tout vendu pour traverser l’Europe et échouer dans la jungle de Calais possèdent leur propre argent qui tend, bien sûr, à s’amenuiser et n’ont le droit à aucun argent de poche. Une présence hétérogène susceptible de faire souche dans le Pays Fouesnantais après la date butoir du 31 mars ? Faux. Seule une jeune femme (enceinte) est d’origine marocaine et ne vient pas du Kurdistan. Quatre autres jeunes hommes ont préféré s’en aller sans crier gare et sont sans doute retournés vers Calais pour un passage hypothétique en Angleterre. Les autres, une fois leur dossier constitué, s’en iront, peu à peu, vers les CADA (Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile). Voilà la réalité de ce groupe, d’une courtoisie et d’une gentillesse exquise qui ne s’éloigne guère du Centre de Renouveau si ce n’est pour acheter des cigarettes au bureau de tabac de Beg-Meil ou pour s’en aller se promener au bord de l’océan, les yeux baignés d’une insondable mélancolie.

Mercredi. 10 heures. Dans la grisaille de ce matin frileux, Renouveau semble désert. Pourtant, au fond du centre de vacances, dans un petit pavillon aux formes futuristes, Véronique donne un cours de français à quatre jeunes femmes qui n’ont pas voulu de la présence des hommes pour se sentir plus à l’aise. A mon arrivée, l’une se lève : « Bonjour, je m’appelle Hafez ». La professeure la félicite. Les yeux d’Hafez brillent de bonheur. Une heure plus tard, une dizaine d’hommes investit discrètement les lieux. Dans une autre vie, ils ont été chauffeur routier, informaticien, général d’armée, coiffeur, professeur de langue. Ils s’appliquent : « J’aime étudier le français et l’école ». Une profession de foi et un espoir en des jours meilleurs. Tout à l’heure, lorsqu’il faudra partir, j’aurai bien du mal à dire non à Dara qui veut à tout prix m’inviter à sa table. Quand on n’a plus rien, il reste encore l’idée du partage.

Jeudi. 11 heures. Comme chaque semaine, la salle du conseil municipal se remplit peu à peu. A l’initiative de la mairie, toutes les personnes concernées par le dossier se retrouvent autour de Bruno MERRIEN, premier Adjoint. Il y a là les représentants de la Fondation Massé Trévidy, de la Direction Départementale de la Cohésion Sociale, de la Croix Rouge, de Renouveau, de la gendarmerie, de la police municipale, du CCAS (Adjointes au Maire). La bonne nouvelle tombera en cours de réunion. Dans moins d’une semaine, deux familles de chacune cinq personnes seront accueillies dans les centres de Fougères et de Saint-Brieuc. Il restera alors 13 personnes à Fouesnant. Elles seront toutes parties avant le 31 mars, le cœur un peu lourd. Car il y a tout de même quelque chose de vrai dans toute cette histoire : l’extraordinaire générosité (vêtements, vélos, télévisions, ordinateurs) dont a fait preuve la population envers ces déracinés qui ont aussi appris à dire « merci » en français.

JYLD

PS (qui n’a rien à voir) : Vous avez sans doute vu que, dans un souci de « simplification », l’orthographe va être modifiée dans les manuels scolaires. « Nénuphar » ou « Nénufar », on aura le choix. Pour la première fois, l’orthographe sera à la carte. Cela va certainement aider à structurer l’esprit des jeunes « apprenants » ! Autre victime, l’accent circonflexe qui devrait peu à peu « disparaître » ou « disparaitre ». Je convoque à nouveau, Jules RENARD : « L’accent circonflexe est l’hirondelle de l’écriture ». Ça va voler bas dans le ciel gris d’une langue française sans nuances et sans caprices.

telechargement-orangeTélécharger la version pdf du regard du moi(s) En toute vérité 13/02/2016 N°17

 

 

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