Du pain et des jeux

Article publié le 19 avril 2014.

Avez-vous déjà essayé de gravir à vélo la longue montée du Cap-Coz, quatre fois de rang, après avoir escaladé en hors d’œuvre la bosse de Beg-Menez, du côté de La Forêt-Fouesnant ? Moi non plus. (Même pas une fois). C’est pourtant ce qui sera proposé aux coureurs du Tour de Bretagne cycliste qui arriveront à Fouesnant, le lundi 28 avril, en provenance de Jugon-les-Lacs avec, déjà, quelque 180 km dans les jambes. Bon, d’accord. Christophe Fossani, le président de l’épreuve qui a concocté ce parcours diabolique, nous a prévenus l’autre jour en présentant la course : ce ne seront pas d’aimables coureurs du dimanche qui viendront parader, histoire de se dégourdir les gambettes. Il y aura là le « must » des jeunes coureurs du cycliste mondial qui bientôt brilleront au firmament des grandes courses internationales : des Australiens, des Américains, des Colombiens, des Kazakhs, des Russes, des Scandinaves, des Espagnols. D’ailleurs, Christophe Fossani nous l’a rappelé pour nous convaincre du spectacle prestigieux qui nous sera offert : en 2002, le meilleur jeune de l’épreuve s’appelait tout simplement Alberto Contador. Et que va faire tout ce beau monde arrivé au sommet de la côte du Cap-Coz ? Il va s’engouffrer à toutes pédales dans l’improbable boyau de la rue de Cornouaille qu’il remontera jusqu’au haut du centre-ville avant de s’en aller s’expliquer sur la longue route de Beg-Meil et de replonger sur le Cap-Coz. Oui, oui, vous avez bien lu : quelque 144 coureurs lancés à pleine allure dans l’étroite rue du centre de Fouesnant. Bon, évidemment, ce n’est pas la trouée d’Arenberg de Paris-Roubaix. Mais, tout de même. On n’ose imaginer ce qui pourrait se passer si tout le peloton arrivait groupé dans ce goulet d’étranglement. Sans doute y aurait-il quelques coureurs qui se retrouveraient propulsés dans la salle du restaurant de la « Plume Bleue », histoire de soigner un début de fringale tandis que d’autres, éjectés par des mains impitoyables, s’inviteraient au beau milieu de la Maison de la Presse où ils pourraient profiter de l’occasion pour lire dans l’Equipe les commentaires de l’étape de la veille. Heureusement, on peut penser que les diverses escalades auront laminé les organismes et que le serpent multicolore sera bien étiré lorsqu’il franchira la ligne d’arrivée en face de la place de la Mairie. Le spectacle n’en sera que plus beau et l’animation assurée durant de longs moments au cœur de la ville.

L’animation, c’est bien de cela qu’il s’agit. La municipalité et les organisateurs ont tiré la leçon de l’arrivée, il y a trois ans, devant le lycée de Bréhoulou. Certes, l’empoignade fut belle mais les professionnels de la ville (restaurants, cafés, commerces) n’en profitèrent guère. Qu’on ne se trompe pas, en effet. La volonté politique de la Mairie est évidente. Comme dans toutes les stations touristiques, il faut tenter de prendre de l’avance sur ses concurrents dès l’avant-saison. Et pour cela, rien ne vaut des animations à forte notoriété. D’où le Tour de Bretagne des véhicules anciens, l’an passé. D’où donc, cette année, le Tour de Bretagne cycliste avec un village de course, le mardi matin 29 avril. Suivront la Fête départementale du pain à Kerbader, les 17 et 18 mai, le Mondial pupilles féminin du 28 mai au 1er juin, les finales de toutes les Coupes de Bretagne de football (- 15, -17, -19, féminines, entreprises, seniors) le 15 juin. Du pain et des jeux, la formule a déjà été éprouvée par les Romains (« panem et circences ») pour satisfaire les populations. Mais, cette fois ce sera pour la bonne cause ! Et si, en plus, quelques rayons de soleil venaient se mêler aux rayons de bicyclette, nul doute que Fouesnant, se trouverait en excellente position pour aborder la dernière ligne droite qui mènera à l’arrivée de l’été.

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